Cours no 3: Éthique et déontologie interdisciplinaire
Porter un jugement de valeur sur l’intervention
Le mot «éthique» signifie science de la morale, art de diriger sa conduite. Il s'agit d'une branche de la philosophie définissant les comportements moralement acceptables. L'éthique peut fortement varier en fonction des valeurs et de la culture.
Le principe de bienfaisance et non malfaisance
Le principe de respect de l’autonomie de la personne et de son droit à l’auto-détermination
Le principe de justice distributive (répartir les services équitablement compte tenu des ressources limitées)
Le terme «déontologie» signifie théorie des devoirs, en morale. La déontologie est l'application de l'éthique sous forme d'obligations auxquelles doivent se soumettre les membres du groupe.
Covey,
Merrill et Merril (1995) présentent un résumé des Lois fondamentales de la
vie qui seraient communes à toutes les civilisations :
Ne
trichez pas.
Ne
mentez pas.
Ne
volez pas.
Traitez
les gens avec respect.
Ils suggèrent de
satisfaire les quatre classes de besoins de l’être humain (physiques,
sociaux, intellectuels et spirituels) et l’épanouissement des quatre capacités
qu’ils représentent (vivre, aimer, apprendre et transmettre).
Ils suggèrent également le développement de quatre talents qui nous
aideront à nous orienter : 1) la conscience de soi, 2) la conscience
morale, 3) la volonté indépendante et 4) l’imagination créative.
La confidentialité
L'intervenant en santé mentale
est tenu de garder le secret professionnel.
Le respect de la confidentialité garantit la qualité du service et le
maintien de la relation. C'est
souvent l'élément déterminant:
le patient consulte un intervenant en santé mentale parce qu'il n'oserait pas
parler de ce qu'il vit avec quelqu'un qui risquerait de le raconter.
Le patient nous confie ses
secrets et son histoire dans le contexte d'une entente de traitement.
Lui seul peut décider de nous permettre de les confier à un tiers.
C'est la loi. L'entente
initiale doit donc spécifier à qui l'intervenant confie ses
secrets. Une consultation en
milieu hospitalier ou dans un CLSC donne à l'équipe soignante accès à ces
données. Le patient doit
s'attendre à ce qu'il y ait discussion à son sujet entre les membres du
personnel de l'établissement. Mais
aucune information ne devrait sortir de l'institution sans son consentement.
Attention aux discussions d'équipe
qui se poursuivent dans le couloir, dans l'ascenseur, à la cantine.
Il y a trop d'histoires navrantes où le patient ou un tiers (un ami, un
voisin, un membre de la famille) entend des professionnels discuter en public
d'un sujet confidentiel. Ne vous
fiez pas au fait que vous ne nommez personne.
Un nom ou un prénom est vite échappé.
Nous vivons toutefois dans une
société qui a décidé de faire passer le bien-être de ses enfants avant le
respect de la confidentialité. Tous
les intervenants ont l'obligation
de signaler à la Protection de la jeunesse les situations où un enfant ne reçoit
pas les soins appropriés, où il est exploité sexuellement ou victime de
mauvais traitements physiques.
Mathieu prend la confidentialité
à coeur. Si l'épouse ou la mère
d'un client téléphone pour savoir s'il s'est présenté à son rendez-vous, il
va jusqu'à refuser de dire s'il connaît la personne en question.
Lorsqu'un organisme lui téléphone, il refuse également de donner
quelque information que ce soit sans l'autorisation
écrite du client.
Mathieu ne va pas trop loin,
mais la pratique courante en santé mentale demande parfois une attitude un peu
plus souple. Le client qui nous
confie son histoire et ses secrets nous prête la clé de sa maison.
Elle continue de lui appartenir. Lui
seul peut nous autoriser à y laisser entrer quelqu'un d'autre.
Il importe donc d'obtenir son autorisation avant de divulguer quoi que ce
soit hors de l'équipe soignante à laquelle il sait que nous appartenons.
La demande d'autorisation est étroitement associée au consentement éclairé
qu'il doit nous donner afin d'obtenir les soins.
En demandant son autorisation, nous lui témoignons du respect et nous
lui reconnaissons le contrôle de sa vie. C'est
un petit surplus de travail et de temps qui en vaut la peine.
Les conflits d'intérêts
Ce n'est pas une bonne idée
d'acheter le coffre à outils, l'automobile ou la maison de votre patient en dépression
profonde qui se débarrasse de ses biens à bas prix.
Êtes-vous alors à son service ou au vôtre?
L'intervenant en santé mentale évitera tout ce qui peut sembler
compromettre sa position d'aidant. Pour
cette raison, il ne vendra pas non plus ses biens à un client qui risque d'être
sans défense devant sa position d'autorité.
Denise travaille en milieu
communautaire. Elle pense que
l'intervenant en santé mentale doit s'engager et fait régulièrement des
visites à domicile, dans des groupes d'entraide et des soupers communautaires.
Elle devient vite très populaire et fréquente ces mêmes endroits en
soirée. Elle en vient à aider
certains démunis à se sentir plus utiles en leur faisant faire certaines tâches
domestiques et certains petits travaux de rénovation.
Cela lui permet de terminer l'aménagement du bureau personnel où elle
reçoit certaines personnes en détresse gratuitement.
Certains clients doivent payer leur psychothérapie en lui rendant des
services : taper ses travaux et ses
publications, garder sa fille ou la conduire à des activités.
Malgré ses bonnes intentions,
Denise se met dans une situation délicate en ayant des relations d'affaires
avec ses clients. On pourrait se
demander si elle tire un profit excessif de leur travail.
La situation serait moins problématique si les échanges de services se
déroulaient au sein d'un organisme non lucratif constitué légalement.
Il y aurait alors un conseil d'administration indépendant qui veillerait
à ce que l'argent ne serve pas pour la satisfaction exclusive d'une personne.
L'absence de frontière entre
la vie personnelle de Denise et sa vie professionnelle la rend plus vulnérable
à l'épuisement professionnel. Cela
pose également la question des conflits d'intérêts.
Quand Denise est-elle au service des clients et quand est-elle à la
recherche de la satisfaction de ses besoins?
Sera-t-elle tentée d'utiliser la relation privilégiée avec une de ses
clientes pour l'amener, contre son gré, par des pressions subtiles, à garder
sa fille un samedi soir où elle veut sortir?
Les personnes qui demandent l'aide d'un intervenant en santé mentale
sont vulnérables. Elles risquent
d'avoir de la difficulté à lui dire non.
L'absence de cadre définissant la relation thérapeutique risque de créer
de la confusion dans leurs attentes. Denise
joue-t-elle le rôle d'intervenant, d'employeur, d'ami?
Sera-t-elle toujours là si les patients ont besoin d'elle?
Est-elle à leur service? Sont-ils
à son service? La situation n'est
pas claire.
Les conflits de rôles
Vous avez été engagé en
relation d'aide par une entreprise. Un
peu plus tard, la même compagnie veut vous engager dans la sélection des
candidats à un poste de cadre. Vous
en avez suivi plusieurs en psychothérapie.
Certains sont toxicomanes, d'autres détestent le président de la
compagnie. Pouvez-vous utiliser les
confidences qu'ils vous ont faites de bonne foi alors qu'ils vous consultaient
en tant qu'intervenant en santé mentale? Ce
serait un manquement à l'éthique. Vous occupez maintenant une autre fonction.
Ils ne se seraient pas confiés à vous si vous aviez représenté
l'organisation. Ne vous mettez pas
en situation de conflit de rôles.
La fausse représentation
Il est étonnant de constater
que moins l'intervenant en santé mentale a d'expérience, plus il revendique
d'expertises dans différents domaines. Il
est, certes, difficile de recruter
une clientèle, mais prenez garde à ne pas sombrer dans la fausse représentation.
Ne faites pas de publicité trompeuse ou prêtant à confusion par
omission. N'exagérez pas votre
compétence ou l'efficacité de vos services.
Assurez-vous que vos services sont conformes à la publicité.
La compétence
Certains intervenants en santé
mentale excellent auprès des
adultes, mais n'ont aucune compétence avec de jeunes enfants. D'autres sont excellents dans une approche à court terme,
mais n'ont aucune formation pour travailler à long terme. Vous pouvez faire d'excellentes évaluations psychologiques
pour l'école et être complètement incapable d'en faire une pour la cour.
Les temps sont durs, l'argent,
difficile à gagner. Le client a
toutefois le droit de faire affaire avec une personne compétente.
Prenez soin de vous former suffisamment avant de modifier votre champ
d'expertise.
Les relations intimes
Évitez les situations qui
risquent d'être nuisibles au client. Les
relations sexuelles entre intervenants en santé mentale et clients en sont un
exemple largement publicisé.
Zoé a un bureau privé où
elle organise, les fins de semaine, des groupes de psychothérapie.
Elle en profite pour choisir, parmi les participants, un homme qui lui
plaît. Elle l'entraîne dans sa
vie pour quelque temps, partageant avec lui toutes sortes d'activités sociales,
culturelles et sexuelles. Interrogée
sur son comportement, elle affirme qu'il s'agit de relations normales entre
adultes consentants. Elle trouve
ceux qui la critiquent rigides et frustrés sexuellement.
Pourquoi l'éthique et la déontologie
condamnent-elles des relations sexuelles entre adultes consentants?
Est-ce une règle morale dépassée?
La relation entre l'intervenant en santé mentale et sa cliente est par définition
inégale. La cliente consulte dans
un moment de vulnérabilité. L'intervenant
a un certain prestige et un certain pouvoir.
Il y a risque d'abus de pouvoir quand l'intervenant cesse d'être au
service de sa cliente pour satisfaire ses besoins. Il perd l'objectivité nécessaire à une bonne évaluation
de la situation. Le client n'a plus
de thérapeute. Il risque un
accroissement de sa douleur, de la confusion, et le recours ultérieur à un
autre intervenant sera plus compliqué.
Dans ce genre de situation, les
intervenants ont souvent recours à des rationalisations: ce serait pour le bien
de la cliente, elle aurait la liberté d'accepter ou de refuser, ou elle serait
pleinement consentante. L'intervenant
risque toutefois d'être idéalisé dans cette relation.
Il devrait le savoir. Qu'il
ne puisse s'empêcher de passer à l'acte est révélateur de problèmes
personnels, bien plus que d'un désir réel d'établir une relation intime.
Ces écarts risquent aussi
d'exacerber les problèmes relationnels de personnes qui ont déjà été
victimes d'abus sexuels ou d'inceste. Ils
renforcent malheureusement le lien qu'elles ont pu établir entre intimité et
sexualité, ou entre sexualité et abus du partenaire.
Le message-je: Parler de soi et parler de souhaits
Exprimer des sentiments négatifs et demander un changement de comportement
Interdisciplinarité
et intervention
1.
L'obligation de travailler ensemble · 2.
La gestion des problèmes du travail en équipe · 3.
Éthique et déontologie interdisciplinaire · 4.
L'empowerment · 5.
L'inévitable critique · 6.
Les points de vue cognitif-behavioral · 7.
Les points de vue cognitif-behavioral (suite) · 8.Les
points de vue psychanalytiques · 9.
Les points de vue humanistes · 10.
Les points de vue systémiques et communautaires · 11.
L'épidémiologie · 12.
L'épistémologie · 13.
Des fonctions et des services · 14.Le
champ d'intervention dans le contexte socio-politique